L'EXPOSITION BADU ISLAND

Une mission des explorations de Monaco

Le carnet de route d’une expédition

Fidèle à l’esprit des expéditions historiques de son trisaïeul le Prince Albert I er, S.A.S. le Prince Albert II a relancé les Explorations de Monaco. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu à Badu, l’une des îles du détroit de Torrès, dans l’État du Queensland (nord de l’Australie). Sur place, S.A.S. le Prince Albert II s’est immergé dans la culture des insulaires, qui prônent un rapport équilibré et respectueux de l’homme avec la nature. Accompagné notamment par Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique, il y a puisé une grande source d’inspiration. L’exposition présentée depuis le 27 avril 2019 au Musée océanographique en est la mémoire : elle évoque aussi le souvenir d’une première rencontre en terre monégasque.

Le souvenir de Taba Naba

En 2016, le Musée océanographique accueillait en effet Taba Naba, avec le soutien du Gouvernement australien et de l’État du Queensland. Trois expositions majeures avaient cohabité et exploré la relation unique liant les peuples de la mer à leur environnement. Un dialogue alliant tradition ancestrale et modernité. Alick Tipoti avait alors réalisé une magnifique « linogravure » de 17 x 40 mètres sur l’immense terrasse du Musée. Alick Tipoti est l’un des plus célèbres artistes des îles du détroit de Torrès. Il participe activement au renouveau du patrimoine culturel, des traditions et de la langue de ces îles. À travers son art, il explore la cosmologie traditionnelle et raconte comment culture orale, musique, danse et arts visuels s’interpénètrent pour nous livrer des connaissances fondamentales sur l’environnement marin, essentielles à la survie des peuples. Sans oser y croire, il avait invité S.A.S. le Prince Albert II à lui rendre visite sur son île, pour mesurer la richesse de sa culture, de son environnement, et sa fragilité aussi…

De quoi ce territoire est-il emblématique ?

Entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles du détroit de Torrès sont situées à la jonction de la mer de Corail et de la mer d’Arafura. La population, estimée à sept mille habitants, se concentre sur seulement quatorze des îles. Aguerris depuis leur plus tendre enfance aux rudesses du milieu naturel et aux baignades parmi les « salties » – les crocodiles de mer – et les requins, les habitants du détroit entretiennent un rapport quasi fusionnel avec ce milieu qui les nourrit physiologiquement comme spirituellement. Les insulaires du détroit de Torrès demeurent attachés à la notion de clan, notamment le Kwod familial avec ses totems (crocodile, tortue, dugong, raie, émeu…). La prérogative du chef de clan et du conseil des Anciens – les « Elders » – prévaut encore pour de nombreux sujets, notamment pour ce qui est du « native title », le droit coutumier de règlement de la propriété terrienne.

QU’EST-CE QUI LE MENACE ?

Aujourd’hui, la population originaire du détroit de Torrès est au moins six fois plus
nombreuse sur le continent australien que dans sa région d’origine, avec un risque de
dissolution des traditions et de la culture ancestrale. Ce territoire est également
particulièrement vulnérable aux effets des changements climatiques : côtes insulaires
rongées par l’érosion due aux grandes marées, disparition des coraux à la suite
d’épisodes répétés de blanchissement… Au cours d’une randonnée aquatique dans les
superbes fonds qui entourent l’île de Badu, S.A.S. Le Prince Albert II a pu constater les
effets du réchauffement climatique sur les récifs de coraux, qui ont souffert d’épisodes
de blanchissement sévères ces dernières années. À Badu vit aussi le dugong, considéré
comme sacré et auquel plusieurs clans s’identifient. Seul mammifère marin herbivore, il
est aujourd’hui menacé. À l’ouest du détroit de Torrès, une réserve protégée lui est
dédiée.

BADU ISLAND

Une missions des explorations de monaco

Dans la continuité de l’événement Taba Naba, S.A.S. le Prince Albert II a souhaité conduire une mission des Explorations de Monaco sur l’île de Badu, à la rencontre du peuple d’Alick Tipoti. Une exposition photographique en retrace les moments forts dans la Salle de Conférence du Musée.

Les Explorations de Monaco sont une plateforme au service de l’engagement de S.A.S. le Prince Albert II en matière de connaissance, de gestion durable et de protection de l’Océan. Créées à l’initiative du Gouvernement de la Principauté de Monaco, elles associent la Fondation Prince Albert II de Monaco, l’Institut océanographique, le Centre Scientifique de Monaco et le Yacht Club de Monaco. Elles viennent en appui de leurs actions par des missions menées à l’international qui articulent recherche scientifique, médiation auprès des publics et coopération gouvernementale.

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L'avertissement
des anciens

Parmi les nombreux échanges menés sur place, celui que S.A.S. le Prince Albert II de Monaco a eu avec les Anciens de la communauté de Badu reste l’un des plus marquants. Ses interlocuteurs lui ont alors confié : « Nous sommes en liaison avec la nature et donc aux premières loges pour voir le dérèglement des saisons, la modification de la panoplie des éléments naturels qui nous entourent. Nous sommes les meilleurs témoins. Le dérèglement climatique, pour nous, c’est avant tout synonyme de perte d’identité, de disparition de nos racines. Nous avons peur pour notre culture, notre art de vivre. Malheureusement nous sommes peu écoutés. Nous devons amener plus de gens à être les témoins de ce que nous vivons. De ce qui nous touche. C’est pour cela que votre visite est importante pour nous. Elle ouvre une fenêtre sur nos communautés qui disent à la face du monde : tout ne va pas bien ! »

Qu'est-ce qu'un "peuple de la mer" ?

Bruno David et Ian J. McNiven, de l’Université Monash, (Melbourne, Australie), nous aident à mieux cerner l’identité de ces populations indigènes, définies comme un « peuple de la mer » : « Cela signifie d’abord passer l’essentiel de son quotidien en interaction avec la mer, à la parcourir, à exploiter son potentiel grâce aux techniques traditionnelles comme le babagul, qui consiste à se procurer de la nourriture par le biais d’un savoir-faire particulier et de connaissances magiques employés à bord des bateaux ou lorsqu’on harponne les dugongs depuis les plateformes naath. Cela signifie aussi penser à ces forces élémentaires qui gouvernent la vie au jour le jour : les vagues, les vents marins, les nuages qui vont et viennent au-dessus des océans lointains, les étoiles qui nous guident, les marées, les animaux à la fois familiers et dangereux, poissons, tortues et requins. Pour être un peuple de la mer, il faut avoir des affinités particulières avec la mer, il ne suffit pas d’en tirer sa nourriture. Il faut penser par la mer. »

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